L’estimation du nombre de personnes d’origine serbe vivant hors de Serbie constitue l’un des défis majeurs de la recherche sur les migrations. Cette difficulté s’explique à la fois par les limites méthodologiques des statistiques officielles et par les spécificités de l’histoire récente et des transformations identitaires de la population serbe.
Les statistiques des pays d’accueil utilisent le plus souvent le pays de naissance comme critère principal, plutôt que l’origine nationale ou ethnique. Or, la population d’origine serbe a connu, au cours des dernières décennies, plusieurs transformations politico-étatiques. De ce fait, les Serbes ont été enregistrés sous différentes catégories nationales dans les statistiques internationales. Une difficulté supplémentaire tient au fait que, pendant une longue période, de nombreux migrants se sont déclarés comme Yougoslaves, ce qui complique le suivi de la continuité des migrations (Grečić, 2019).
Selon les données de l’OCDE publiées dans Perspectives des migrations internationales 2018, la Serbie occupait le 41ᵉ rang parmi les 50 pays ayant les diasporas les plus importantes. Entre 2006 et 2016, le flux migratoire annuel moyen depuis la Serbie vers les pays de l’OCDE s’élevait à environ 37 000 personnes, avec un pic de 60 000 départs en 2015 (OCDE, 2018).
Par ailleurs, on observe un phénomène apparemment paradoxal : alors que l’émigration en provenance de Serbie reste dynamique, le nombre de ressortissants serbes recensés à l’étranger tend à diminuer. Cela s’explique notamment par l’acquisition de la nationalité des pays d’accueil ou par le recours à la double nationalité, ce qui conduit à une sous-représentation statistique des migrants serbes.
Dans les milieux scientifiques, administratifs et dans le débat public, la taille de la diaspora serbe est généralement estimée à plus de 4 millions de personnes. Rapportée aux données du recensement de 2022, selon lesquelles la Serbie compte environ 6,6 millions d’habitants, cette estimation suggère que plus d’un tiers des Serbes et des personnes d’origine serbe vivent aujourd’hui hors du pays d’origine.
